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Locarno 2010 : Le maestro Francesco Rosi à l'honneur

Le Festival de Locarno a célébré hier sur la Piazza Grande le grand maître italien Francesco Rosi en lui décernant le Pardo d’Oro pour l’ensemble de sa prestigieuse carrière.

Cette distinction rend hommage à l’un des plus importants cinéastes de l’histoire, qui, à travers son approche singulière du cinéma, a considérablement marqué son art et continue d’exercer une influence forte sur les réalisateurs d’aujourd’hui. Son film Uomini contro (1970), violente charge antimilitariste, qui a été projeté sur la Piazza pour l’événement, témoigne bien de son engagement en tant que cinéaste et personne. Ayant traversé toutes les crises et les événements majeurs de l’histoire contemporaine italienne, Francesco Rosi s’est emparé de ces sujets marquants et a su les transmettre et les exprimer avec force à travers ses films. Parler de son cinéma revient irrémédiablement à s’interroger sur l’Italie, sur ses valeurs et ses contradictions. Salvatore Giuliano (1962), Le mani sulla città (1963), Uomini contro (1970), Cadaveri eccellenti (1976), Cristo si è fermato a Eboli (1979), Dimenticare Palermo (1990) : tant de films importants du cinéaste – la liste est encore longue – qui questionnent son pays natal et ses innombrables thématiques, avec les capacités d’analyse et de contextualisation qui le caractérisent. Son cinéma n’est cependant pas uniquement factuel ou historique, mais comporte un humanisme fort et un engagement politique affirmé, aidés par une mise en scène et une narration tout en profondeur et en subtilités, d’une incroyable intensité.

Durant la conversation publique qu’il a donnée au Festival, Francesco Rosi a démontré sa perspicacité et sa présence d’esprit en abordant avec vigueur et émotion, au-delà de ses films, les problèmes qui ont touché et qui touchent son pays. Devant un public acquis à sa cause et sensible à son intelligence, il a su partager ses sentiments et ressentiments vis à vis de la politique actuelle, de la recrudescence de la violence, de la perte des valeurs qu’il observe, de l’éducation et de la jeunesse, tout en insistant également sur le dynamisme des mouvements contestataires - tant aux niveaux artistiques et intellectuels que sociaux ou politiques -  nécessaires et engagés, à l’image de son œuvre.

Plus que simplement raconter des histoires, le cinéma de Francesco Rosi apparaît donc comme un discours, comme un outil, comme une arme à travers lesquels il a trouvé la meilleure façon de s’exprimer et de s’engager. La nécessité et l’importance incontestée de son cinéma valaient bien l’hommage et le Pardo alla carriera de Locarno, qui a sans aucun doute vécu l’événement le plus prestigieux de cette édition.



[Photo © Festival del film Locarno / Abram]
Par Nicolas Wittwer – le Samedi 14 Août 2010
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