






« On savait la politique berlusconienne absolument incompétente à freiner tant l’envol catastrophique de la dette publique que l’expansion du grand banditisme dont souffrent l’Italie. Ce que Videocracy nous montre apparaît, en comparaison, bien trivial, mais la problématique qu’il développe se révèle beaucoup plus inquiétante : un président mégalomane, détaché de la réalité quotidienne de l’Italie, totalement dépourvu du moindre intérêt pour son peuple, mais omniprésent et omnipotent au travers de la télévision ; en bref, une forme adoucie, anesthésiante de totalitarisme – sur lequel plane manifestement l’ombre de Mussolini – que Gandini résume ainsi : « La vidéocratie est le pouvoir de l’image sur le pays. En Italie c’est comme ça, tout ce qui passe à la télé existe, si tu n’y passes pas tu n’existes pas ».
Le film débute magistralement : les images en noir et blanc d’un jeu télévisé des années 70 dans lequel une femme se déshabille à mesure que les candidats répondent correctement aux questions des présentateurs ; puis d’autres extraits d’émission défilent, en couleur cette fois ; le rythme s’accélère ; puis une musique envoûtante s’élève suivi d’une voix grave : « Tout a commencé ainsi… ».
Grand pourfendeur d’une politique spectacularisée sur le mode télévisuel, Videocracy s’avère lui-même un documentaire spectaculaire : procédés narratifs fictionnalisants, voix off emphatique, coups de théâtres multiples, retournements de situation, etc. Paradoxal ? Du point de vue d’un Jean-Luc Godard ou d’un Guy Debord, certainement. Mais dans la société présente, envahie par une médiatisation extrême, comment s’imposer autrement que par l’effet attractionnel ? Comment ne pas lutter avec des moyens similaires à ceux de « l’ennemi » – même si ces moyens sont connotés idéologiquement ? Comment prendre encore la peine de s’aventurer dans l’extrême réflexivité – à laquelle Godard s’était adonné de manière peu fructueuse rappelons-le – quand une situation telle que celle de l’Italie atteint un tel niveau d’urgence ?
Videocracy, c’est un murmure qui s’élève face à un système politique assourdissant. Un murmure salutaire.