






« Oprah Winfrey, spécialiste ès déballage de linge très sale à la TV américaine, l’a bien compris : le public, s’il est toujours friand de jolies histoires, a besoin désormais d’un bon paquet de scandales bien graveleux pour pleinement jouir d’une secousse émotionnelle. Ainsi, sous couvert de cinéma indépendant new-yorkais post Spike Lee, voila que la star absolue aux USA se lance dans la production cinématographique, en y important malheureusement ses recettes racoleuses si rentables.
Soyons honnêtes, Precious n’est pas vraiment un mauvais film : les acteurs, y compris Mariah Carey, livrent une prestation proprement éblouissante à partir de rôles particulièrement inconfortables, et le rythme global tient en haleine le spectateur, faisant ainsi passer sans trop de mal les nombreuses invraisemblances du scénario (sauriez-vous échapper à un téléviseur lancé du troisième étage alors que vous gisez évanoui au pied d’un escalier… ?). Certaines scènes, en particulier la dernière, témoignent des grandes qualités du réalisateur en matière de direction d’acteurs, mais aussi de sens du cadre, tant le personnage principal se révèle, dans tous les sens du terme, hors-norme.
A l’issue de la projection, une fois essuyées les larmes, c’est pourtant l’impression désagréable d’avoir été pris pour un imbécile qui domine. Pourquoi cette Precious, si déshéritée, a-t-elle pour rêve unique de devenir star de la télé ? Par quel miracle, alors que sa situation semble totalement désespérée, parvient-elle à émerger ? Comment se fait-il qu’une école aussi incroyable que cette Each one teach one ne soit proposée qu’à un groupe de cinq jeunes filles alors que des milliers pourrissent dans d’horribles écoles publiques ? On le sent vite, les images insoutenables que contient Precious (viol, violence et compagnie) ne sont pas là par hasard : submergé par l’émotion ou le dégoût, le spectateur n’en devient que plus manipulable. Son sentiment de confort n’est pas trop mis à mal non plus : on comprend vite, au vu de l’environnement dans lequel évoluent les personnages, que ce type de situation ne s’applique guère à notre vécu, guère plus en tous cas que le destin des victimes de guerre en Afghanistan tel que CNN nous les montre.
A défaut d’un film sur les humains en milieu urbain riche de remises en question, comme sait si bien les faire Mike Leigh (voir Naked, ou Secrets & Lies par exemple), Lee Daniels nous offre donc en guise de divertissement un concentré de poncifs bobos, garni d’images-chocs bien incapables de provoquer le moindre choc dans la société. Bref à cette heure rare où tant de bons films remplissent nos écrans (Shutter Island, The ghost writer, etc...), on peut sans regrets aucun se passer de Precious. »