






« Avec Mine Vaganti, le réalisateur turco-italien Ferzan Özpetek fait ce que fait le cinéma italien depuis la nuit des temps : du mélodrame – violons compris ! – et de la comédie. Cette complaisance dans des genres au succès facile ne révèle presque aucune originalité au niveau du contenu. Les amours impossibles d’un jeune homme de bonne famille, condamné à suivre toutes les volontés du clan : voilà ce que les fictions occidentales reprennent et répètent depuis le Roméo et Juliette de Shakespeare ! Quant aux quiproquos issus de la confrontation, à l’intérieur d’une même famille, de conservateurs et d’homosexuels, ils sont connus depuis La Cage aux folles (1978). Sur la question de l’homosexualité, Özpetek – qui s’est d’abord fait connaître par des films abordant cette thématique (Hammam, 1997) – ne nous apprend pas grand-chose. Sa vision est même un peu rétrograde : l’homosexualité serait un simple attribut, inné et inchangeable, au même titre que la couleur des yeux. En outre, les personnages sont stéréotypés : une grand-mère pleine de secrets, un groupe d’homos fous-fous, un père patriarcal et vieux jeu, une servante niaise et soumise… Seul constat intéressant, qui justifie la dimension engagée du film : la tolérance aurait, selon le réalisateur, reculé en Italie depuis dix ans.
Ce n’est donc pas le combat d’arrière-garde contre l’homophobie et la tyrannie des mariages et des carrières arrangés qui fait la réussite d’un tel film, mais l’incroyable solidité du scénario. Özpetek et le coscénariste Ivan Cotroneo inventent une histoire extrêmement structurée. Chaque membre de la grande famille partage, sous une forme ou sous une autre, la souffrance d’un conflit entre devoirs familiaux et sentiments spontanés ou inclinations naturelles. Autour de Tommaso, tous ces êtres vont pouvoir dépasser, au moins partiellement, l’aliénation destructrice qui condamnait leur épanouissement. Cette grande thérapie de groupe se fait progressivement et subtilement, si bien que la résolution – en plusieurs étapes – de l’intrigue touche et surprend. À la beauté quasi classique de cette œuvre bien construite s'ajoutent le charme de mannequin et le talent solide des deux jeunes acteurs, Riccardo Scamarcio et Nicole Grimaudo.