






« Il y a beaucoup de films dont le deuil d’une famille constitue l’objet principal. Cependant, nous trouvons peu de rapports entre L’Arbre de Julie Bertucelli et des réalisations comme La Chambre du fils de Nanni Moretti ou Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira. C’est qu’il existe de nombreuses manières de vivre un deuil. Le chemin de la douleur à l'acceptation que propose L’Arbre est original. Un jeune père décède subitement. Les membres de sa famille réagissent de différentes manières à l'événement. La mère (Charlotte Gainsbourg) perd toutes ses forces et ne sait plus s’occuper de ses quatre enfants. Une des filles, au contraire, trouve dans sa tristesse une ressource à son imagination: elle se persuade que son père s’est réincarné dans le figuier envahissant du jardin. La mère finit par entrer dans ce délire d’enfant. Dès lors, l’arbre est le symbole du deuil, à la fois menaçant et réconfortant, dans lequel on se complaît presque, et qu’il faut pourtant détruire et surpasser.
Évidemment, un deuil se fait lentement; aussi le film est lent. L’arbre est non seulement le principal personnage, mais le personnage le plus actif… Cependant, les vides de l’histoire et le dépouillement du paysage australien miment parfaitement le grand manque dont souffre la famille. Reste que les personnages révèlent peu de nuances: la petite fille (Morgana Davies) - indépendamment de sa performance extraordinaire - est toujours extralucide et quasi héroïque; le vendeur de salles de bain (Aden Young), dont on n’apprend rien, est réduit à la fonction du type séduisant qui vient occuper, pendant quelques temps, la place laissée vacante par le père défunt; quant à la veuve, elle est à ce point paumée que toute initiative lui devient impossible… Des rôles moins entiers et moins fonctionnels auraient sans doute facilité l’identification et la compassion du spectateur, absolument vitales dans un film presque dénué d'action. »