






« Echaudé par le récent La Rafle, le spectateur pressé aurait tôt fait de classer ce nouveau film du duo Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Jeanne et le garçon formidable, Ma vraie vie à Rouen) dans la catégorie des films dits utiles, ces moments chers au septième art durant lesquels, magie de la représentation, il est enfin permis de contempler d’un regard sévère les pages peu glorieuses de l’histoire de sa nation… et ce faisant de se libérer une bonne fois pour toute la conscience. Un cinéma populiste et bien-pensant, dont les réalisateurs de L’arbre et la forêt ont su s’écarter avec une grâce certaine.
Il faut dire que tant le thème choisi que son traitement sont propres à générer une louable ambiguïté. D’une part, il n’est pas certain que la société dans son ensemble en ait fini avec cette homophobie qui a conduit des français à livrer à l’hydre nazie quelques uns de ses propres citoyens, d’autre part, le martyr que l’on nous présente, interprété de manière surprenante par Guy Marchand, se révèle plutôt atypique. Jusque dans sa propre famille, on hésite à le considérer en homme blessé, et ses fils le verraient plutôt comme l’incarnation même du mal. En mettant à l’épreuve le statut de victime de leur personnage principal, Martineau et Ducastel parviennent ainsi à susciter une vraie réflexion, qu’une sanctification aurait complètement interdite.
Mais qu’on ne se méprenne pas : L’arbre et la forêt n’a non plus rien d’un film trop cérébral. Comme son titre le laisse supposer, c’est via la représentation de la nature que les cinéastes construisent un discours sur l’homme. Les superbes images de forêt, tout à la fois majestueuses et paisibles, offrent à la fiction l’écrin solennel qu’elle mérite. C’est après tout là, au plus proche de la terre, que l’on peut le mieux se pencher sur des sujets humains lourds.
La légèreté, ici, est générée avec un talent tout particulier par les comédiennes. Au premier plan, Françoise Fabian, en épouse accommodante mais caustique, apporte à ce film toute sa force et son humour. Elle est bien épaulée par Catherine Mouchet, une actrice moins connue mais tout aussi pétillante, qui interprète sa belle-fille. Ensemble, ce sont ces deux femmes qui délivreront le message, ou plutôt les questions du film, qui comme le dit l’une d’entre elles, saura peut-être vous ouvrir de « nouveaux horizons ». »