






« Son « Everest » dit-il. Un tournage tenu dans le plus secret, un casting qui se dévoilait goutte à goutte, mois après mois, Inglourious Basterds est bien un des événements de Cannes cette année. Long de 148 minutes pour le moment – Tarantino pourrait lui ajouter encore quelques scènes d'ici sa sortie officielle –, il n'a demandé que 14 semaines de tournage, mais est le fruit de 10 années d'écriture. Un scénario qui a en effet été travaillé progressivement, scène par scène, et soumis à ses proches régulièrement.
Cette façon de travailler est l'une des premières choses qui frappe à l'esprit après projection : plus qu'une histoire bien ronde, c'est d'abord une succession de séquences qui vont s'enchainer logiquement, mais auxquelles il manque parfois une homogénéité. Entre le début façon Leone, mais en plein coeur de la campagne française dans les années 30, à une fameuse séquence dans un bar en sous-sol façon Reservoir Dogs mais revisité là encore, il y a de tout. On pourrait même dire qu'il s'agit de mini-films dans le film lui-même. Alors forcément, c'est un peu inégal. Mais bon, ce qui risque de surprendre le plus, c'est bien plutôt ce titre qui induit en erreur. Alors qu'on s'attend à assister aux péripéties d'une bande de ricains un peu dingues débarquant sur le sol fasciste pour scalper du nazi, on a plutôt droit à tout un tas d'histoires en périphérie qui vont finalement finir par converger vers un paroxysme. Vers une apothéose. C'est déjà là, pour nous, un regret. Non pas, qu'on aurait voulu notre lot de violence, de généreuses fusillades, de bras cassés et d'hémoglobine, mais on regrette un peu qu'il n'y ait pas de traitement plus long sur cette bande de « basterds ».
On notera aussi que le scénario n'a pas la complexité ou plutôt le raffinement de, par exemple Pulp Fiction ou Jackie Brown et on pestera aussi sur des dialogues – sans aucun doute de haut vol –, mais qui tombent parfois dans le bavardage et qui perdent surtout en percussion dans des passages où se succèdent anglais, allemand et français. Reste que c'est tout à l'honneur de Tarantino d'avoir voulu faire de la sorte – contrairement par exemple au récent Valkyrie où les nazis et Tom Cruise s'expriment dans la langue de Shakespeare – et de recruter pour cela un casting international dont il a su tirer profit dans de remarquables quiproquos. Un casting ambitieux qui est malheureusement obligé de ne pas approfondir certains personnages. A regret. Et puisque nous parlons des comédiens, il faut ici relever la performance de grande classe de Christoph Waltz, un comédien autrichien qui a surtout joué pour le théâtre et des séries, et qui grâce au nez de Tarentino pour dénicher des acteurs follement charismatiques se retrouve dans son film, magnifiquement dirigé, au point de faire de l'ombre à Brad Pitt et de mériter peut-être la Palme d'interprétation masculine.
S'il est donc rapide, excitant, follement réussi esthétiquement et par les libertés qu'il se permet de prendre sur une histoire de la seconde guerre mondiale « revue et corrigée », il n'en reste pas moins qu'Inglourious Basterds n'est pas le chef-d'oeuvre tant attendu. »
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