






« El Secreto de sus Ojos - traduit en français en Dans ses yeux - a récolté une myriade de récompenses (34 toutes confondues!), dont l'Oscar du meilleur film étranger cette année, devant Un Prophète et le Ruban Blanc. Il est vite devenu le deuxième plus gros succès au box-office argentin. On est donc curieux de voir ce qui fait de ce film noir une telle réussite.
Ce "secret" est en effet un très bon film, lequel plonge le spectateur dans l'Argentine des années 70, fiévreuse et corrompue. Se pencher sur le passé politique de son pays, ou, à plus petite échelle, sur son propre passé, apparaît comme une réflexion centrale dans le film: clôturer un crime, clôturer un dossier, clôturer le passé pour enfin avancer est en effet un thème auquel le réalisateur Juan José Campella est très attaché. Il nous présente donc une histoire anti-nostalgique qui incite à mettre un terme à ses blessures les plus anciennes pour vivre le moment présent: Benjamin (Ricardo Darin) respire à nouveau lorsqu'il a finalement répondu à ses questions, qu'il boucle son errance et sourit enfin à la femme qu'il aime.
La photographie du film frappe d'emblée le spectateur. Tons chauds, plans rapprochés, fiévreux, intenses: on entre de plein fouet dans les souvenirs des personnages, dans leur intimité, leurs secrets, tous cachés derrière leur regard. Ce choix artistique permet de très belles scènes, comme la douleur d'un veuf (Pablo Rago), ou un au revoir sur le quai d'un train. Une autre scène, plus ambitieuse, sort du lot et se démarque de l'esthétique choisie, il s'agit du plan panoramique du stade de foot du Racing, qui ouvre une magnifique séquence où le héros prend en chasse un suspect jusque sur la pelouse, en plein derby argentin. Scène écrasante de réalisme et de fébrilité.
On regrettera néanmoins le rythme inégal, les faux dénouements ou les faux twists, qui perdent quelque peu le spectateur en deux heures de narration, entre flashbacks, déductions possibles et fantasmes d'écriture. Le dossier si cher à Benjamin aurait pu être expédié en moins de temps, et l'histoire en aurait gagné en efficacité. Les acteurs, eux, sont tous impeccables dans des personnages très nuancés. Quelques seconds rôles (tragi-)comiques et des répliques caustiques amènent une dose d'humour dans une histoire pourtant très noire, où on craint et on aime. Temo y te amo. »