






« Trois ans après Le Deuxième souffle et ses critiques mitigées, Alain Corneau nous présente son nouveau film (dont il signe également le scénario), un thriller aseptisé mettant un scène deux économistes revanchardes qui s'affrontent dans un jeu de pouvoir.
C'est donc un thriller psychologique que nous offre le réalisateur, avec deux grandes actrices pour incarner les héroïnes principales: les impressionnantes Kristin Scott Thomas et Ludivine Sagnier. Le spectateur ne peut en effet qu'admirer les performances des deux comédiennes, Scott Thomas, glaciale et cruelle, est impériale en femme de pouvoir qui "s'infiltre dans le cerveau des gens pour les détruire de l'intérieur", et Sagnier, tantôt paumée à la blondeur hagarde, tantôt femme fatale, joue parfaitement toutes les émotions de son personnage d'analyste brillante, mais étouffée par sa supérieure hiérarchique.
Les tons gris, noirs, blancs, froids ainsi que la mise en scène très sobre d'un univers de travail où on parle chiffres d'affaire et études de marché rappellent qu'on se trouve sur l'échiquier d'un cabinet d'analystes où tout est calculé et où les héroïnes croient savoir quel est le mouvement qui mettra son adversaire échec et mat. C'est savamment orchestré, mais on reste sur sa faim, comme si on attendait plus de détails, de personnages, de dialogues, bref, comme s'il manquait un petit bout d'univers pour entrer plus confortablement dans le film et se passionner pour cette guerre psychologique. Le spectateur, mal à l'aise, reste peut-être focalisé sur l'affrontement plutôt intense des deux femmes, mais il s'ennuie néanmoins un peu.
Le rythme est de plus lent, on attend longtemps avant que la guerre ouverte éclate, et même au moment des hostilités, le plan machiavélique d'Isabelle met du temps à se construire pour le spectateur. On devine néanmoins facilement sous quelle forme se construit sa vengeance, et comment se dénouera l'intrigue, car, malgré la performance de Sagnier, le doute n'est pas assez cultivé. On passera volontairement sur les déductions finales un peu boiteuses de la police et sur la transformation caricaturale d'Isabelle: le film n'en avait pas besoin.
Une histoire plutôt bien ficelée, bien filmée, mais à voir surtout pour le jeu sans faille des actrices. »