






« Voilà un film sur presque rien – un adultère qui tourne à l’amour – et pourtant une œuvre riche à tous les niveaux, qui revêt une forme moderne tout en s’octroyant une part de l’héritage néoréaliste italien*.
En effet, on pourrait répéter, à propos de Cosa voglio di più, le commentaire qu’André Bazin faisait sur Païsa (1946), un film emblématique du néoréalisme : « L’unité du récit cinématographique dans Païsa n’est pas le “plan”, point de vue abstrait sur la réalité qu’on analyse, mais le “fait”. » (Esprit, janvier 1948). La caméra de Silvio Soldini ne juge pas, n’analyse pas. Portée sur l’épaule comme pour le tournage d’un documentaire, elle suit les personnages à leur hauteur et se fait aussi discrète que possible. Avec elle s’efface la présence du réalisateur et des scénaristes. Aucun effet visuel n’est ostentatoire. Aucun effet de jeu n’est souligné par les acteurs. On y gagne en spontanéité ; on se rapproche des personnages ; on entre dans l’histoire ; on devient ce que montre le film.
Naturellement, cette simplicité est construite. Derrière elle, Soldini orchestre un travail virtuose de mise en scène et de montage. Si la caméra suit les gestes et les déplacements des acteurs, ces mouvements n’en sont pas moins réglés. Le réalisateur prétend d’ailleurs qu’il a répété toutes les scènes avant de les tourner, y compris les plus courtes, y compris les scènes d’amour. Ces dernières sont traitées avec le même désir de vérité que le reste du long métrage, sans esthétisme ni voyeurisme.
Quant au montage, il réussit à donner du rythme à l’ensemble. Les séquences sont relativement courtes. Leur succession n’est jamais complètement fluide : il y a toujours une ellipse ou une rupture qui secoue le spectateur et qui relance la narration. Ces accélérations dosées suppléent largement à l’absence de péripéties… Cosa volete di più ?
* Dans une interview que Silvio Soldini nous a accordée, il réfute pourtant son appartenance à la tradition italienne. »