






« L’idée est remarquable. Les 600 kilos d’or pur dont il est question sont à la fois l’objet du désir des protagonistes – ce qui recycle un thème maintes fois traité au cinéma dans des conditions modernes parfaitement réalistes – et ce qui va les perdre, puisque, après avoir été contraint de poser l’hélicoptère qui devait les permettre de s’enfuir, les voleurs se retrouvent au cœur de la jungle avec leur butin qui devient du coup un fardeau, au sens propre, qui les mettra devant un terrible dilemme : transporter l’or, au risque de s’épuiser dans un milieu extrêmement hostile, ou l’abandonner pour être certain de sauver sa peau? Car le casse réussi n’est que l’incident prétexte à la longue déroute qui aura lieu en pleine jungle.
Toutefois, le travail de Besnard laisse à désirer sur de nombreux points. L’auteur de Ca$h, notamment, a développé un style plutôt impersonnel, inspiré par des réalisateurs américains, Soderbergh en particulier, dont l’influence est parfois si présente qu’on ne peut s’empêcher, en voyant les voleurs s’organiser avec une nonchalance et une assurance grisante à la façon des films de la série des Ocean, de prêter aux personnages des qualités et une simplicité psychologique qui masquent de manière très malvenue leur complexité qui se révélera qu’aux moments critiques de l’histoire, d’une manière trop abrupte pour être convaincante. Du coup, la progression de l’action n’est plus aussi efficace, parce qu’elle cède au rythme et à l’action des impératifs d’exposition trop importants.
Mais c’est en fin de compte une curieuse retenue qui empêche le film d'Eric Besnard de décoller. Si l’intrigue se forme et évolue autour des personnages ayant pris part au casse, tout ce qui devrait atteindre une intensité maximale – la folie de l’or, l’hostilité de la jungle guyanaise, les conflits internes – sont effleurés, suggérés avec une prudence qui empêche 600 kilos d’or pur d’être le film d’aventure captivant qu’il aurait certainement pu être. »